Un magnifique billet de Garfieldd (sur le blog de Kozlika) à propos de la déresponsabilisation. Il évoque la possibilité, suite à l'élection des présidents de région grâce aux voix du FN, de la présence d'un représentant FN au conseil d'administration du lycée :

On allait tous démissionner, on allait empêcher l'intrus de rentrer dans le lycée, on allait faire un barrage de nos convictions puisque nos bulletins de vote n'avaient pas été suffisants, on allait le souffleter virtuellement en opposant à sa présence notre politique de la chaise vide. On allait voir, ça ne se passerait pas comme ça.

Une fois toutes ces déclarations d'intention vibrantes énoncées, devant le silence respectueux et attentif du proviseur (et de son adjoint, moi en l'occurence) ce fut l'intendant qui prit la parole... "Combien d'entre vous, demanda-t-il aux professeurs et aux agents, mais aussi aux parents d'élèves, combien parmi vous, parmi nous, sont prêts à partir sur le champ si le représentant du FN entre, là, maintenant ?" (on avait presque envie de regarder la porte au cas où...) Tous répondirent en choeur : "On part !" "Fort bien..." reprit l'intendant. "Le conseil d'administration ne peut dont siéger... On le reconvoque donc comme le prévoient les textes dans les quinze jours. Revenez vous siéger ?" "Pas si le représentant de la région est présent !" "Excellent. Il faudra pourtant que votre outil de travail soit géré... Et comme vous ne pouvez admettre de cautionner par votre participation un exécutif régional indigne... vous démissionnez n'est-ce pas ? vous quittez votre travail, vous changez de profession ?" Personne ne répondit clairement.

"Si vous ne démissionnez pas, si nous ne démissionnons pas, vous accepterez, nous accepterons donc après vos/nos rodomontades de siéger ici, dans ces murs, dans ce lycée qui fonctionne grace aux subventions de la Région, grâce en fait à vos/nos impôts... Sauf à constater que l'un d'entre vous, d'entre nous, est prêt à démissionner aujourd'hui, je crois pouvoir dire que nous sommes tous des petits Maurice Papon. Rien de plus que ces fonctionnaires que nous honnissont aujourd'hui mais qui acceptèrent d'exécuter les ordres de leur administration..."

À mettre en parallèle avec mon billet sur la banalité du mal.